Et si Marchionne avait raison ?

L’AD du groupe Fiat-Chrysler a été très clair en annonçant qu’il n’y aurait « plus aucun investissement ou nouveaux modèles en Italie avant 2014 », ou encore en affirmant que si « Fiat avait investi plus, elle serait aujourd’hui en faillite ».

À ces déclarations plutôt alarmantes, deux opinions se sont confrontées. D’un côté les sceptiques à la politique de Sergio Marchionne, soucieux de perdre leur travail mais aussi par extension le savoir-faire de l’ingénierie automobile en Italie, et de l’autre les pro-Marchionne, comprenant qu’investir en temps de crise comme celle que traverse actuellement l’Europe, ne serait à aucun moment rentable.

Rentable, le mot est lancé … est-ce que les gains générés par le lancement de nouveaux modèles arriveront à combler les investissements et surtout à dégager du profit ? A cette question plutôt délicate, la situation actuelle semble donner raison à Sergio Marchionne.

Sur l’hexagone, si nous regardons la concurrence sur le marché très compétitif des citadines compactes, Peugeot vient de lancer en avril dernier sa nouvelle 208 et Renault lors du Mondial de l’Auto sa nouvelle Clio, tandis que Fiat se contente d’un simple restyling de sa Punto en début d’année.

Aujourd’hui il est beaucoup trop tôt pour juger les chiffres de vente de la Clio, mais en ce qui concerne la Peugeot 208, les chiffres parlent d’eux-mêmes : le porte-parole de Peugeot vient d’annoncer que la production de la 208 allait être revue à la baisse en supprimant l’équipe de nuit. En seulement 6 mois de vente, une citadine qui doit absolument se vendre comme des petits pains sur son propre marché accuse déjà une sérieuse baisse de production de 33% !

Fiat, semble-t-il, fait le bon choix en préservant ses investissements à une période qui sera plus porteuse. A ce constat-ci, il faudra pour autant que le Lingotto arrive à dégainer à temps ses armes pour ne pas louper le tant attendu « train de la relance économique ».

Sergio Marchionne annoncera le 30 octobre son plan de croissance révisé tant pour Fiat que pour la filiale américaine Chrysler. Cette révision tiendra compte de la baisse du marché automobile européen que Fiat accuse depuis 11 mois.

14 Commentaires

  1. philibert.lechat dit :

    Le gel des investissements en Europe n’est pas un choix, c’est une obligation, car Fiat n’a plus les moyens de financer le renouvellement de ses gammes. Et, si le Groupe Fiat est soutenu par les bons résultats de Chrysler, cela ne veut pas dire toutefois que la trésorerie de Chrysler peut aider à financer les investissements de Fiat. Aussi longtemps qu’il y aura des minoritaires chez Chrysler, il n’y aura pas de circulation de cash entre les deux groupes. En fait, Fiat n’a aujourd’hui tout simplement pas les moyens d’investir en Europe. Cela étant, le résultat du Groupe qui reste positif, et il faut donner à Marchionne crédit pour ça, sur le plan financier et pour la sauvegarde des intérêts patrimoniaux de la famille Agnelli le Groupe Fiat est aussi bien géré qu’il peut l’être.

    Cette politique, justifiée par la nécessité, aura cependant des effets terribles sur le réseau et la clientèle. J’en parlais avec mon distributeur Alfa récemment, qui me disait qu’il voyait les clients partir à la vitesse grand « V », car ceux qui avaient autrefois une 166, une 156 ou une GT ne trouvaient plus rien dans la gamme Alfa…D’où l’hémorragie vers BWM ou Audi. Et, à supposer que la gamme puisse être reconstruite (ce qui implique que le marché reparte en Europe, que Fiat prenne le contrôle à 100% de Chrysler et que ce dernier continue à générer du cash, et tout ça pas avant au mieux 2014-15, çà fait beaucoup de conditions…) les clients perdus reviendront-ils? D’ici là, les distributeurs auront soit fait faillite, soit auront changé d’enseigne pour ceux qui le pourront, car ils ne pourront pas tenir jusqu’à l’hypothétique reprise. Il faudra alors tout reconstruire: gamme, réseau, image. Bonne chance à Hercule Marchionne.

  2. Nuova Gregcorse dit :

    On en reparlera en 2015. Quelles seront les marques qui auront passé le cap ? Qui pourra se permettre de racheter qui ?

  3. mirafiori dit :

    @philibert.lechat

    Tout à fait d’accord, reste à savoir si SM sera jusqu’au boutiste ou bien s’il se donne une dead line au delà de laquelle il consentira enfin avec les liquidités de Fiat à acquérir les parts du VEBA.
    L’autre solution pour ne pas tuer le réseau serait de faire fabriquer les AR ou FIAT dans les usines Chrysler en attendant d’avoir les coudées franches dans Chrysler.
    Pour l’instant SM chippote pour payer les 3.3% lui permettant de passer de 58.5% à 61.8% du capital de Chrysler.
    Ce chippotage est « relativement » inquiétant car ça laisse planer le doute sur les réelles capacités financières de Fiat.
    Mais attention je ne me hasarderai jamais au poker face à SM. Cet homme la connait parfaitement ses cartes le jeu est dans sa main et jusqu’a présent il les abat ses atouts en temps et en heure comme un métronome sans tenir compte des pressions extérieures. Quel sang froid !

  4. jmjbest dit :

    Oui le réseau..quelle cata surtout pour les malheureux (rares je pense) qui n’ont que le panneau Alfa sans Fiat à côté
    J’étais chez le mien (Fiat-Alfa , a perdu Lancia sans guère de regrets..) voir la 500L : bien mieux en vrai , sympathique auto . Parait que le mieux est de la prendre en 85cv diesel car -je m’en doutais- le bicylindre est vraiment « short » ;( Que n’ont-ils donc présenté dès le lancement un 1400 de 120 cv environ ?)
    La Panda ne marche pas trop bien dans les ventes et on a du mal à comprendre pourquoi, elle marque quand même un très gros progrès..à priori trop chère par rapport à la Polonaise d’avant ?

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